Dès sa naissance,
en Jamaïque, le reggae évolue :
1968 - 1970 : le early reggae : tempo rapide, dû aux
influences du mento local encore très rythmé, prédominance de la
basse.
1970 - 1976 : le one-drop : tempo medium, rythme plus lent, baterie
sur le 3e temps
1977 - 1980 : le rockers parfois décliné stepper avec les 4 temps
frappés à la batterie, ajoutant du tonus.
1981 : le early dancehall ou rub-a-dub : tempo lent, prédominance
de la basse et de la batterie
1985 : le early digital : rythmique rapide, entièrement composé sur
boîte à rythme
C'est à partir de 1973, avec le succès de Bob Marley
& The Wailers puis d'autres groupes comme les Gladiators et
Black Uhuru que le reggae prend une dimension internationale. Dès
lors, il pourra non seulement continuer à évoluer en Jamaïque, mais
aussi reprendre son métissage à travers le
monde.
Le Sound
system:
On voit apparaître les premiers sound system en 1940 :
une sono embarquée dans un camion, faisant le tour de la Jamaïque.
Un sound system est constitué d'un selecter: programmateur qui
choisit les musiques pour faire bouger, et du toaster (terme qui
disparaîtra dans les milieux électro/techno pour devenir DJ) qui
commente et anime la session du selecter au micro. Les premiers
sound systems sont très rudimentaires : une platine (tourne
disque), un amplificateur et deux enceintes. Tom Wong, alias Tom
the Great Sebastian, jamaicain d'origine chinoise sera le premier a
faire bouger les rues de Kingston au début des années 1950. Un
autre sound system très connu est celui de Clement Seymor Dodd,
alias "Sir Coxsone Downbeat", qu'il monte en plein ghetto de
Kingston. Il engage "Count Matchuki" (précurseur du rap et du
beatboxing) comme toaster. Le milieu des sound system est très
rude, et la concurrence féroce envoie souvent des hommes de mains
sacager les sound "adverse": on arrache les étiquettes des disques,
détruit le matériel, etc (c'est pour cela par exemple que Coxsone
va engager Prince Buster, boxeur amateur, qui sauvera d'ailleurs
Lee Scratch Perry). Vers la fin des années 1950, le courant recule
aux USA et les selecter ont beaucoup de mal a s'approvisionner en
disques. Ils se tournent alors vers l'industrie du disque locale.
C'est à ce moment-là que Coxsone créé son propre label : le Studio
One.
Encourageant la foule ou commentant le quotidien dans les
sounds, les toasters utilisent un phrasé original parfois proche de
la psalmodie, entre parler et chant mélodique. Parmi les premiers à
lancer le genre : Count Matchuki, Sir Lord Comic, King Stitt,
suivis du fameux U Roy. Cette pratique, le "talk over" est à
l'origine du rap.
Les sound systems sont plus que présents de nos jours, et
on y écoute tous les styles: Dub, Dancehall, Roots, Nu roots, UK
style, Rub-a-Dub, etc. Quelques sound systems connus
internationalement: Aba Shanti I, King Earthquake, King Shiloh, Jah
Tubbys, Jah Shaka, Stone Love, Killamandjaro, Addies... Quelques
sound systems connus au niveau national: Heartical sound, Soul
Stéréo, Guiding Star, Love Corner Krew, Irie Crew, Irie Ites sound
system, Zion Gate Hi Fi, Lion Roots, Black Board
Jungle,....
Du reggae instrumental au
Dub
La musique dub est dérivée du reggae. Au début des années
1970, les ingénieurs du son King Tubby et Errol Thompson
approfondissent les recherches d'invention d'Augustus Pablo dans le
domaine du reggae instrumental. Ceci consiste à effectuer un
travail des morceaux présents sur la face A des vinyles, et que
l'on place en face B. La face A étant le morceau original et la
face B la version dub. Le style se caractérise alors par son
accentuation rythmique, lourde et dépouillée, une basse très
présente et une mélodie squelettique. On y ajoute des effets comme
des échos, de la réverbération qui permettent aux toasters
(disc-jockey du reggae) de développer leurs improvisations dans les
sound-systems.
Cette mouvance jamaicaine est reprise dans les années
1980 par des Sounds Systems anglais (Aba Shanti I par exemple) qui
y rajoutent une bonne dose d'instruments électroniques et par la
prédominance du Steppah (basse et grosse caisse sur chaque temps).
Ce courant se développe ensuite en Europe (France, Allemagne,
Autriche) puis se détache du mouvement reggae pour devenir un style
à part entière.
Dub
Poetry:
La dub poetry est l'adaptation du genre "spoken word" à
la musique reggae/dub. Le "poète dub" psalmodie ses textes en
calquant son phrasé sur la rythmique qu'interprètent les musiciens
qui l'accompagnent (Il ne chante pas mais pose sa poésie sur des
rythmiques reggae/dub). Initialisé par Prince Far I, Michael Smith,
Sister Breeze, Oku Onuara... c'est avec Linton Kwesi Johnson que le
mouvement trouve son véritable représentant.
Cette "poésie dub" reprend les thèmes et revendications
des rastas mais s'intéresse de plus près à l'acte artistique, à
l'engagement politique et social contre le racisme, l'impérialisme,
les problèmes économiques...
Elle a su s'implanter dans les milieux culturels et intellectuels
et contribue à élever le niveau du reggae et de la culture
jamaïcaine. Des artistes comme Benjamin Zephaniah ou The Last Poets
participent à l'évolution du style en l'orientant vers le Hip Hop
et l'Electro.
Lover’s
Rock:
L’appellation, née à Londres au milieu des années 1970,
définit un reggae doux, au rythme moins marqué, qui parle
d’amour et de situations sentimentales et s’oppose en
cela au reggae roots. Il est devenu synonyme du reggae "romantique"
dont les figures jamaïcaines les plus représentatives sont Gregory
Isaacs, John Holt, Dennis Brown et Freddie McGregor. Ce style a
perduré en Jamaïque dans les années 1980 avec Sugar Minott, Cocoa
Tea ou Frankie Paul, puis dans les années 1990 avec Beres Hammond,
Sanchez, Jack Radics, Glen Washington, George Nooks, Richie
Stephens, Wayne Wonder et, durant les premières années de sa
carrière, Luciano. Il est également resté assez populaire en
Angleterre, où même des groupes "reggae roots" comme Aswad ou
Matumbi s'y sont adonnés. Les artistes lover's rock britanniques
actuels sont Don Campbell, Peter Huningal, Nereus Joseph ou Peter
Spence. Il a en particulier suscité de nombreuses carrières
d'artistes féminines telles Carol Thompson, Louisa Marks et Janet
Kay.
Skinhead
reggae:
L'early reggae se démarque du rocksteady par un tempo plus rapide,
un skank à l’orgue souvent doublé et une influence funk dans
le jeu de basse alors que la batterie marquait le troisième temps
d’une mesure de quatre temps, à la façon du rocksteady (dans
le ska, il s’agissait des deuxième et quatrième temps). Ce
style fut également influencé par le mento traditionnel, influence
que l’on peut retrouver dans le skank dédoublé et dans
certaines lignes de basse que l’on peut rapprocher du jeu
d’une rumba box. Ce reggae, très nerveux et mené par le jeu
de l’organiste, connut beaucoup succès en Angleterre auprès
des skinheads anglais, au point qu’il prit parfois le nom de
skinhead reggae.
Le skinhead reggae proprement dit naît dans les années
1969-70 en Angleterre, suite au mélange des mods et des rudies
jamaïcains fans de reggae, donnant naissance à des skinheads
auxquels ils ont transmis le goût de cette musique : des groupes se
sont mis alors à jouer ce style spécifique pour répondre à leurs
attentes. Les principaux artistes issus de l'émigration caraïbes
(Jamaïque, Barbades, Guyane britannique …) qui faisaient
allusion aux skinheads étaient Laurel Aitken, Dandy, Derrick
Morgan, Symarip/The Pyramids, The Rudies, Hot Rod Allstars (The
Cimarons), The Pioneers... et les producteurs Joe Mansano, Lambert
Briscoe, Webster, Shrowder et Desmond Bryan.
Kaneka:
Le kaneka est une forme musicale issue de Nouvelle-Calédonie où les
kanaks ont mêlé les rythmes et les sonorités des musiques
traditionnelles aux influences reggae.
Nu roots:
(ou "new roots" ou "dancehall roots")
L'année 1995 marque le début de la vague "new-roots"
amorcée l'année précédente par la mort du grand chanteur Garnett
Silk (9 décembre 1994) et la conversion à rasta du deejay du moment
Buju Banton et qui perdure tant bien que mal jusqu'à aujourd'hui.
Sur le plan des textes, le "new roots" aussi appelé "dancehall
roots" désigne le retour de la mode des textes conscients et
"culturels" (moins présents depuis la seconde moitié des années
1980 où les textes les plus mis en avant traitaient souvent de
manière ambiguë d'armes à feu ou de sexe) dans le reggae jamaïcain,
sous le renouveau de l'influence rasta.
Sur le plan de la texture musicale, le new-roots se
traduit par le retour du reggae à un son moins digital voire de
plus en plus "acoustique". La plupart du temps, le son reste
néanmoins semi-digital puisque l'ossature des "riddims"
(basse-batterie-skank) reste généralement exécutée à l'aide de
synthétiseurs/boîtes à rythmes tandis que viennent se greffer
autour des instruments non-digitaux plus traditionnels (cuivres,
guitare, piano, orgue Hammond).
Les labels phares de la vague new roots de 1995 sont
X-terminator (Phillip "Fattis" Burrell), Digital B (Bobby "Digital"
Dixon), Penthouse (Donovan Germain), Startrail (Richard "Bello"
Bell), puis par la suite à un niveau moindre, X-rated (Barry
O'Hare), Kariang (Jah Mike), Black Scorpio (Jack Scorpio), Kings Of
Kings (Colin "Iley Dread" Levy) et Fateyes (Fatta Marshall &
Bulby York).
Mais cette vague très influente en Jamaïque jusqu'en 1998
a ensuite cédé la place à un retour du dancehall hardcore, le
dancehall bogle (que l'on appelle de plus en plus dancehall tout
court) jusqu'en 2004, époque à laquelle on recommence à parler de
new roots pour désigner un nouveau retour à un reggae plus
classique dans la rythmique. Ce nouveau cycle de la musique
jamaïcaine prend également le nom de "one drop", terme qui
désignait à l'origine le rythme roots reggae le plus "traditionnel"
(les autres étant le flying cymbal, le rockers et le rub-a-dub)
mais qui devient de plus en plus synonyme d'une rythmique roots
reggae, quelle qu'elle soit.
Depuis peu, le reggae one drop à l'ancienne a repris ses
droits en Jamaïque [réf. nécessaire]. aux dépens d'un dancehall qui
régnait en maître ces dix dernières années. De plus en plus
influencé par le hip-hop américain, ce genre musical peinait à se
renouveler. Il n'en fallait pas plus pour que quelques jeunes
pétris de talent, que l'on appelle « nouvelle garde »,
s'engouffrent dans la brèche. Une brèche ouverte en 2002 par
Warrior King et son tube Virtuous Woman, son premier véritable
succès. Cette chanson a séduit le public jamaïcain non seulement
pour sa qualité et son coté novateur, mais aussi pour la belle
histoire autobiographique qu'elle racontait. En effet, cette
chanson était destinée à son ex-petite amie qui, en l'entendant à
la radio, a décidé de retourner avec lui, charmée par cette preuve
d'amour. Les yardies, friands de contes de fées, ont littéralement
accroché. S'ensuivit le bien nommé album Breath Of Fresh Air, un
succès d'estime autant que commercial.
Puis, en 2003-2004, c'est tout une génération qui émergea
de l'iceberg reggae, rebaptisé une nouvelle fois new roots pour
l'occasion. Ce fut d'abord Richie Spice, le cadet de la famille
Banner, à qui l'on doit déjà les chanteurs Pliers et Spanner
Banner, qui scora trois numéros un hit singles consécutifs. Dans
l'ordre : Earth A Rune Red, Marijuana et Folly Living. Il est,
depuis, devenu l'icône du renouveau du reggae et son album Spice In
Your Life figure déjà au panthéon de la musique jamaïcaine moderne.
À ses côtés, le label Fifth Element, équipe de
production/management également en charge d'autres artistes à la
mode comme Chuck Fender et Anthony Cruz.
Puis il y eut Chezidek et son Leave The Trees, Pierpoljak
et ses "Je fais c'que j'veux", "Stim turban", et "Tuff Gong Blues",
Natty King avec ses No Guns To Town et Mr. Greedy, Fantan Mojah
avec Hail The King et Hungry Days, Mr. Perfect avec Handcart Boy.
D'ailleurs, ce dernier possède une histoire similaire à celle de
Warrior King. Sa chanson narre la belle histoire tirée de sa propre
vie, à savoir celle d'un pauvre rasta pousseur de charrette
amoureux d'une belle fille de bonne famille, et qui parvient malgré
tout à la séduire. Enfin, Gyptian a connu un très grand succès avec
sa chanson Serious Times sur un rythme
nyabinghi-FM.
Mais le leader de ce nouveau mouvement reggae, Jah Cure,
a vécu une moins belle histoire: il a effectué un séjour en prison,
pour une affaire contestée de viol, de 1999 à 2007. Il vient d'être
libéré sur parole le 28 juillet, et continue de clamer son
innocence et n'a jamais reconnu les faits. Trois jours après sa
libération, il sort son quatrième album intitulé True
Reflections...A New Beginning (Des pensées profondes... Un nouveau
début), qu'il a pu enregistrer dans sa cellule.
Depuis, cela a donné des idées à certains et même les
artistes dancehall se mettent au one drop, y compris le sauvage
Elephant Man qui se met soudainement à chanter
rastafari.
À des lieues du dancehall et de sa glorification
fréquente des guns et des grosses voitures, le reggae one drop
évolue constamment dans un climat positif et constructif. Les
chansons ont bien souvent comme thème l'appel à l'amour, la
condamnation de la violence, l'éloge de la weed (herbe) ou encore
la dénonciation de la corruption presque
traditionnelle.
Même si elles découlent de causes identiques, il existe
des différences entre la vague nu roots de 2004 et celle de 1995 :
- Celle de 1995 reposaient sur des labels assez anciens et très
puissants, qui formaient de véritables familles artistiques avec
leurs artistes (X-terminator, Startrail) et imposaient chacun un
son particulier (les fameux sons Penthouse ou Digital B). À
l'inverse, celle de 2004-2005 est plus basée sur une génération de
nouveaux artistes. Les labels "dominants" (il n'y en a pas
vraiment, mis à part Downsound) sont plus modestes, bien moins
puissants et moins charismatiques au niveau des productions (on ne
reconnaît pas vraiment ces labels à leur son, à part peut être ceux
de Don Corleon, dont les riddims nu roots facilement abordables
sont tous basés sur à peu près la même rythmique). - L'aspect
familial mis en avant en 2004 a disparu (départs de Chuck Fender et
Anthony Cruz du Fifth Element, de Junior Kelly de Downsound, de
Luciano de chez X-Terminator). - Le son est de plus en plus
acoustique en 2004, alors qu'il restait assez digital en 1995. Par
ailleurs, il est aussi plus léger (basses parfois mises en retrait
lors du mixage) et plus "lover's" (le riddim "Cry Baby" de
Christopher Birch) que le son lourd de 1995. - Le reggae nu-roots
n'est pas exclusivement jamaicain. Que ce soit groundation pour les
États-unis, Gentleman et seeed pour l'Allemagne ou bien Le RASCAL
Riddim Reggae pour la France le nu-roots (et le reggae en général)
est à présent une musique jouée et écoutée sur toute la
planète.
Edou rasta!
Commentaires